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Comprendre l’autisme autrement : favoriser l’inclusivité et la neurodiversité

Vous avez peut-être déjà entendu des expressions comme « autiste léger », « autiste sévère » ou encore « syndrome d’Asperger ». Pourtant, ces termes sont de moins en moins utilisés dans le milieu médical. Depuis plusieurs années, une autre façon de comprendre l’autisme s’impose : une approche plus nuancée, plus humaine et, surtout, plus inclusive. Pour Manar Jaber, orthophoniste auprès d’enfants autistes au CLSC d’Ahuntsic, ce changement de perspective est essentiel pour mieux accompagner ces personnes et bâtir une société plus ouverte à la diversité.

Qu'est-ce que la neurodiversité?

Le concept de neurodiversité repose sur une idée clé : il n’existe pas une seule façon « normale » dont le cerveau peut fonctionner. Chaque cerveau perçoit, comprend et interagit avec le monde à sa manière. Selon cette perspective, l’autisme n’est pas un problème à corriger ou à effacer, mais une variation naturelle du fonctionnement du cerveau.

« Souvent, l’autisme est présenté de façon linéaire, de « peu autiste » à « très autiste ». Toutefois, certaines personnes autistes et allistes proposent l’idée d’un spectre circulaire. « Celui-ci est adapté au profil et aux besoins spécifiques de chaque personne », explique Mme Jaber. On reconnaît que différentes sphères peuvent présenter des difficultés à des degrés variables.

Ainsi, une personne autiste peut vivre certaines difficultés au niveau moteur et sensoriel tout en ayant de bonnes habiletés langagières et sociales. Une autre pourrait s’exprimer peu verbalement, mais avoir d’excellentes capacités de mémoire et de perception.

Cette vision permet aussi de déconstruire plusieurs mythes. Contrairement à ce qui est souvent présenté dans les médias ou à la télévision, il n’existe pas un seul portrait type de la personne autiste. Les réalités sont multiples, uniques et évolutives.
 

 Connaissez-vous ces termes?     

 Personne neurodivergente : Personne dont le cerveau fonctionne différemment de ce qui est considéré comme « standard ». Cela inclut les personnes autistes, TDAH, dyslexiques et plus.

 Personne neurotypique : Personne qui n’est pas neurodivergente.

 Personne alliste : Ce terme regroupe toutes les personnes non autistes, incluant les personnes neurodivergentes.

Comment adapter les environnements pour les personnes autistes?

Le trouble du spectre de l’autisme n’est pas un handicap en soi. Il peut le devenir lorsque l’environnement n’est pas adapté. Manar Jaber illustre cette idée par une comparaison parlante : « Si une personne en fauteuil roulant veut entrer dans un bâtiment et qu’il y a une rampe d’accès, elle n’est pas en situation de handicap parce qu’elle a accès au milieu. S’il y a seulement des escaliers, à ce moment l’environnement la met en situation de handicap. »

C’est la même chose pour les personnes autistes. « Au CLSC d’Ahuntsic, par exemple, une salle sensorielle a été aménagée afin de répondre à certains besoins. L’éclairage y est plus doux et différents objets sensoriels sont disponibles, comme des jouets antistress, des coussins ou des peluches lourdes. D’autres salles d’intervention sont épurées, pour réduire les stimuli visuels qui pourraient être dérangeants pour certains enfants », poursuit Mme Jaber. Ces ajustements, invisibles pour les autres, augmentent grandement les chances que le rendez-vous se déroule dans un climat plus confortable et sécurisant.

Similairement, dans les milieux de travail ou les écoles, il est pertinent de penser à des ajustements. Pourquoi ne pas en discuter avec l'enseignant ou l'employeur, ainsi que la personne concernée?

Voici quelques exemples :

•    Prévoir une salle de travail, avec moins de stimuli disponible pour ceux qui en ont besoin;
•    Permettre à la personne d’utiliser un jouet antistress discret en classe ou lors de réunions;
•    Selon le milieu, mettre à disposition des lampes ou installer des gradateurs sur les interrupteurs pour un éclairage plus tamisé;
•    Dans les milieux de travail, installer des bureaux à hauteur ajustables pour qui permettent de travailler debout. Dans les écoles, on pourrait permettre aux enfants qui ont besoin de travailler debout à leur table, ou encore assis sur un coussin texturé;
•    À l’école, utiliser des pictogrammes pour l’horaire de la journée ou pour identifier des endroits clés.
 

L’importance d’un accompagnement adapté
 

Des ressources existent pour accompagner les personnes autistes à tout âge. L’objectif n’est pas de les forcer à se conformer aux normes sociales établies, mais plutôt de leur permettre de participer à la vie sociale selon leurs capacités, leurs besoins et leurs choix.

Le parcours de Waza (nom fictif), un jeune adulte sous le trouble du spectre de l’autisme (TSA), illustre bien cette réalité.

Diagnostiqué à l’âge de huit ans, il vit également avec un trouble de déficit de l'attention avec hyperactivité (TDAH). Il considère qu’il a des intérêts spécifiques, notamment une grande passion pour les jeux vidéo. Il possède aussi une capacité de concentration très fine, qu’il décrit comme un «focus» lui permettant de percevoir une multitude de détails en peu de temps. C’est un atout à double tranchant, car il peut se désintéresser rapidement de certaines choses.

Avec son profil, son parcours scolaire n’a pas été sans obstacle, avec des difficultés d’adaptation et des remarques blessantes de ses camarades. Plus tard, un accompagnement adapté, notamment d’un enseignant et d’une orthophoniste, lui a permis de retrouver sa motivation et de croire en son potentiel. « On m’a donné l’opportunité de devenir meilleur et je l’ai saisie », affirme-t-il.

Aujourd’hui diplômé d’une formation préparatoire au travail (FPT), Waza effectue un stage auprès d’enfants d’âge préscolaire. Son cheminement n’a pas été simple, mais il a accepté l’aide qui lui a été offerte, ce qui lui a permis d’accéder à de nouvelles opportunités et d’avancer vers ses objectifs.

Quelques conseils pour favoriser l’inclusion au quotidien des personnes autistes

 

  • Remettre en question les codes sociaux 
    Dans la société, plusieurs règles sont implicites, comme maintenir le regard lors d’une conversation ou encore la notion de respecter l’espace personnel. Les personnes autistes et allistes peuvent avoir des codes différents, ce qui peut mener à de l’incompréhension. Ainsi, lorsqu’une personne agit différemment, il est important de ne pas la percevoir comme étrange, mais plutôt de revoir notre discours intérieur et de reconnaître qu’elle a simplement une manière d’interagir qui lui est propre.
     
  • Adopter une attitude de bienveillance
    Reconnaître qu’il existe plusieurs façons de communiquer, d’interagir et de percevoir le monde est essentiel pour favoriser des relations respectueuses et inclusives.
     
  • Penser l’inclusion en amont
    L’inclusion ne consiste pas à ajuster chaque individu séparément, mais à créer dès le départ des environnements flexibles et accessibles, bénéfiques pour tous.
     
  • Reconnaître toutes les formes d’expression
    Tout le monde a quelque chose à partager, même les personnes qui ne communiquent pas verbalement. Les échanges peuvent passer par la musique, les pictogrammes, les gestes ou les intérêts spécifiques. Trouver un point commun basé sur ce que la personne aime peut aider à favoriser des échanges.
     

Parler de neurodiversité, c’est reconnaître la richesse et la variété des façons de voir le monde. Un accompagnement respectueux et adapté peut transformer un parcours de vie. L’inclusion ne repose pas uniquement sur les personnes concernées : c’est une responsabilité collective qui commence par des environnements plus accessibles, ouverts et bienveillants.

Besoin de soutien ou d’information ?

Vous vous questionnez sur l’autisme ou souhaitez obtenir de l’accompagnement pour vous-même ou un proche ? Contactez l’accueil psychosocial de votre CLSC afin d’être dirigé vers les ressources appropriées.
 

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